Vous venez de créer votre micro-entreprise et vous vous demandez ce que vous devrez réellement verser au fisc et à l’URSSAF ? Prenons un cas concret : un auto-entrepreneur en prestations de services commerciales (micro-BIC) réalise 20 000 € de chiffre d’affaires sur sa première année. Il paie environ 4 240 € de cotisations sociales (taux d’environ 21,2 %). Le fisc applique ensuite un abattement forfaitaire de 50 %, ce qui donne un bénéfice imposable de 10 000 €. Pour un célibataire sans autre revenu, l’impôt sur le revenu est alors proche de 0 €.
Un point crée beaucoup de confusion : l’impôt sur le revenu de la première année ne se règle pas pendant l’année de création. Il se déclare au printemps suivant, avec votre déclaration de revenus, et il est calculé sur les revenus N-1.
Quels impôts et charges paie un auto-entrepreneur la première année ?
Pendant les premiers mois, trois grandes familles de prélèvements coexistent. Elles ne se calculent pas sur la même base, d’où la difficulté à s’y retrouver.
Les cotisations sociales sont versées à l’URSSAF. Elles s’appliquent directement au chiffre d’affaires encaissé, sans aucune déduction de frais, et elles se paient dès que vous avez des ventes. Le taux dépend de votre activité : il est plus faible pour la vente de marchandises que pour les prestations de services ou les professions libérales (micro-BNC). Si vous n’encaissez rien sur une période, vous ne payez rien.
L’impôt sur le revenu est une charge distincte. Il porte sur le bénéfice imposable, c’est-à-dire sur votre chiffre d’affaires diminué de l’abattement forfaitaire, et il s’ajoute aux autres revenus de votre foyer fiscal. Viennent enfin la cotisation foncière des entreprises (CFE) et, selon votre chiffre d’affaires, la TVA.
Comment est calculé l’impôt sur le revenu la première année ?
Abattement forfaitaire et bénéfice imposable
En micro-entreprise, vous ne déduisez pas vos frais réels. L’administration applique à la place un abattement forfaitaire censé les représenter. Il est de 71 % pour la vente de marchandises, de 50 % pour les prestations de services en micro-BIC et de 34 % pour les activités libérales en micro-BNC. Le reste constitue votre bénéfice imposable.
Avec 20 000 € de chiffre d’affaires en micro-BNC, par exemple, l’abattement de 34 % laisse 13 200 € de bénéfice imposable. Ce montant est ajouté aux autres revenus du foyer, puis soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu, après division par le nombre de parts.
Barème progressif ou versement libératoire
Par défaut, vous êtes imposé au barème progressif. Si vos revenus sont faibles, la première tranche à 0 % peut effacer l’impôt, comme dans l’exemple de départ. Plus votre foyer a d’autres revenus, plus la part imposée à 11 % ou davantage augmente.
Le versement libératoire est une alternative : vous payez un pourcentage fixe du chiffre d’affaires en même temps que vos cotisations (1 % pour la vente, 1,7 % pour les services BIC, 2,2 % pour les BNC). Il faut en avoir fait la demande et respecter un plafond de revenu fiscal de référence. Il avantage surtout les foyers fortement imposés. Pour un débutant peu imposable, il revient souvent à payer un impôt qu’on aurait évité, puisque dans notre exemple 1,7 % de 20 000 € représente 340 € alors que l’impôt au barème est nul.
L’erreur classique : croire que 20 000 € de CA = 20 000 € imposés
L’impôt ne se calcule jamais sur le chiffre d’affaires brut, mais sur le bénéfice imposable après abattement. Les cotisations URSSAF, elles, n’ont pas d’abattement. Confondre les deux bases conduit à surestimer largement sa facture ou, à l’inverse, à ne pas mettre d’argent de côté pour les cotisations.
Les exonérations disponibles en première année (ACRE, CFE, TVA)

Trois dispositifs allègent la facture des débutants. Leur durée et leurs conditions diffèrent, ce qui justifie un récapitulatif.
| Dispositif | Ce que ça change | Durée et conditions |
|---|---|---|
| ACRE | Réduction du taux de cotisations sociales | Première année d’activité, avec un taux de réduction qui dépend de la date de création (à vérifier auprès de l’URSSAF) |
| CFE | Aucune cotisation foncière des entreprises à payer | Année de création, puis première échéance l’année suivante (avec un minimum de cotisation selon la commune) |
| Franchise en base de TVA | Pas de TVA facturée ni reversée | Tant que le chiffre d’affaires reste sous les seuils (environ 37 500 € pour les services, 85 000 € pour la vente, à confirmer car ils évoluent) |
L’ACRE n’est pas toujours automatique : selon votre situation, elle peut nécessiter une demande. Elle diminue vos cotisations sociales, mais ne modifie pas le calcul de l’impôt sur le revenu. Quant à la CFE, l’exonération de l’année de création ne dure qu’un temps : elle réapparaît ensuite, même avec peu d’activité, sauf si votre chiffre d’affaires reste très bas.
La franchise en base de TVA simplifie la gestion, mais elle vous oblige à ne pas la mentionner sur vos factures. Vos clients professionnels ne peuvent pas la récupérer, ce qui peut peser sur votre prix.
Quand et comment déclarer et payer ses impôts la première année ?
Le calendrier suit trois rythmes distincts. Vous déclarez votre chiffre d’affaires à l’URSSAF chaque mois ou chaque trimestre, selon l’option choisie à l’inscription, et vous réglez les cotisations au même moment. C’est un paiement mensuel ou trimestriel, calé sur ce que vous avez réellement encaissé.
L’impôt sur le revenu, lui, se règle l’année suivante. Au printemps, vous reportez votre chiffre d’affaires annuel dans la case dédiée de la déclaration de revenus, sur votre espace particulier des impôts. L’administration applique l’abattement elle-même : inutile de le calculer. Si vous avez opté pour le versement libératoire, vous renseignez tout de même le chiffre d’affaires, mais l’impôt est considéré comme déjà payé.
La CFE se paie en décembre, à partir de la deuxième année. Pensez à mettre de côté une petite somme chaque mois : cela évite les mauvaises surprises, d’autant que l’impôt de la première année arrive en septembre de l’année suivante, parfois en plusieurs prélèvements si vous êtes mensualisé.
Un simulateur officiel de micro-entrepreneur permet de tester votre cas avant de vous lancer. Il donne une estimation des cotisations, de l’impôt et du revenu net.
Questions fréquentes sur l’impôt de la première année

Faut-il payer de l’impôt si je n’ai pas encore de chiffre d’affaires ?
Non. Sans chiffre d’affaires, il n’y a ni cotisations sociales ni bénéfice imposable. Vous devez malgré tout déclarer un chiffre d’affaires à zéro à l’URSSAF, sous peine de pénalités.
Mon impôt peut-il être nul alors que j’ai gagné de l’argent ?
Oui, c’est fréquent. L’abattement forfaitaire réduit fortement la base imposable, et la première tranche du barème est à 0 %. Un foyer sans autre revenu peut donc gagner un revenu correct en micro-entreprise sans être imposé.
Quelle différence entre cotisations sociales et impôt ?
Les cotisations financent votre protection sociale (maladie, retraite) et se calculent sur le chiffre d’affaires. L’impôt sur le revenu finance l’État et se calcule sur le bénéfice imposable, après abattement, en tenant compte de votre foyer fiscal.
Puis-je changer d’option pour le versement libératoire ?
Oui, mais dans des délais précis : la demande doit généralement être faite avant une date limite pour s’appliquer dès l’année suivante. Vérifiez vos plafonds de revenus avant de choisir.





