Le titre-restaurant ne figure pas dans tous les contrats, et c’est souvent au moment de la signature ou d’un avenant que les ambiguïtés apparaissent. Voici un modèle de clause ticket restaurant dans le contrat de travail, avec des variables à adapter, des variantes pour le télétravail et le temps partiel, et les points de vigilance juridiques à connaître avant de l’insérer.
Ticket restaurant et contrat de travail : la clause est-elle obligatoire ?
Aucun texte n’impose à l’employeur de distribuer des titres-restaurant. L’obligation naît seulement d’une convention collective, d’un accord d’entreprise ou d’un usage d’entreprise. Distribuer des tickets restaurant n’est donc pas obligatoire, mais l’avantage devient un droit contractuel dès qu’il est écrit dans le contrat de travail.
Formaliser la clause protège les deux parties. Le salarié sait ce qu’il perçoit et dans quelles conditions, et l’employeur évite les litiges sur la valeur faciale, les absences ou les jours concernés. En contrepartie, il perd la possibilité de supprimer ou de réduire l’avantage seul.
Facultatif à l’embauche, opposable ensuite
Rien n’oblige à prévoir la clause dans le contrat. Une fois signée, elle engage l’employeur : toute modification défavorable relève de la modification du contrat de travail et suppose l’accord du salarié.
Modèle de clause ticket restaurant à copier dans le contrat de travail
Le texte ci-dessous s’adapte à la plupart des contrats. Les mentions entre crochets sont à remplacer par les données de votre entreprise, et les options séparées par une barre oblique sont à choisir.
Clause standard (CDI à temps plein, en présentiel)
Article [numéro] : Titres-restaurant
Le salarié bénéficie de titres-restaurant à raison d’un titre par jour travaillé, dès lors que le repas est compris dans son horaire de travail journalier.
La valeur faciale du titre est fixée à [10,00] euros. L’employeur en prend en charge [60] %, soit [6,00] euros, et le salarié [40] %, soit [4,00] euros. La part salariale est prélevée sur la rémunération mensuelle et apparaît sur le bulletin de paie.
Les titres sont remis [chaque mois / sous forme de carte ou titre dématérialisé] pour [le mois en cours / le mois écoulé]. Leur nombre correspond aux jours effectivement travaillés, déduction faite des jours de congés payés, de maladie, de RTT et de toute autre absence.
Toute modification défavorable de la valeur faciale ou de la répartition entre contribution patronale et part salariale fera l’objet d’un avenant signé par les deux parties.
Variantes : télétravail et temps partiel
Pour le télétravail, ajoutez un alinéa qui aligne les jours à distance sur les jours sur site : « Les jours de télétravail ouvrent droit à un titre-restaurant dans les mêmes conditions que les jours travaillés dans les locaux de l’entreprise, dès lors que le repas est compris dans l’horaire de travail. » Cette égalité de traitement découle du principe selon lequel un télétravailleur dispose des mêmes droits qu’un salarié comparable présent dans l’entreprise.
Pour un salarié à temps partiel, la formule peut être : « Le salarié à temps partiel bénéficie des titres-restaurant dans les mêmes conditions que les salariés à temps plein, à raison d’un titre par journée travaillée comprenant un repas dans son horaire. Aucun titre n’est attribué pour une journée non travaillée. » Un salarié qui ne travaille que le matin, sans repas dans son horaire, n’a donc pas droit au titre ce jour-là.
Les mentions indispensables d’une clause ticket restaurant

Une clause efficace tient en quelques lignes, à condition de couvrir les points qui déclenchent le plus de litiges. Le tableau ci-dessous récapitule les mentions obligatoires au sens pratique, c’est-à-dire celles dont l’absence crée un doute sur l’étendue du droit.
| Mention | Ce qu’il faut préciser |
|---|---|
| Bénéficiaires | Statut du salarié (CDI, CDD, temps plein ou partiel, télétravailleur) |
| Condition d’attribution | Repas compris dans l’horaire de travail, un titre par jour travaillé |
| Valeur faciale et répartition | Montant du titre, pourcentage patronal, part salariale |
| Modalités de distribution | Titre papier, carte ou titre dématérialisé, fréquence de remise |
| Absences et jours non travaillés | Congés, maladie, RTT, déplacements avec repas remboursé |
| Évolution de l’avantage | Avenant requis en cas de modification défavorable |
Valeur faciale, part patronale et plafond d’exonération URSSAF
Le montant de la valeur faciale est libre. La contribution patronale doit en revanche représenter entre 50 % et 60 % de cette valeur pour bénéficier de l’exonération de cotisations sociales. La part salariale correspond au solde, prélevé sur le salaire.
Le plafond d’exonération URSSAF fixe le montant maximal de contribution patronale exonéré par titre. Il s’élevait à 7,26 € en 2025 et il est revalorisé chaque 1er janvier. Vérifiez la valeur applicable à l’année en cours sur le site de l’Urssaf avant de fixer ou de réviser la valeur faciale. Si la part de l’employeur dépasse ce seuil, l’excédent est réintégré dans l’assiette des cotisations, sans que cela remette en cause le principe du titre.
Prenons un exemple simple. Avec une valeur faciale de 10 € et une contribution patronale de 60 %, l’employeur prend en charge 6 € et le salarié 4 €. Le montant reste sous le plafond, l’exonération s’applique donc. La Commission nationale des titres-restaurant (CNTR) veille à l’application de ces règles d’émission et d’utilisation.
Ajouter ou modifier la clause : l’avenant au contrat existant
Pour introduire des titres-restaurant dans un contrat déjà signé, l’employeur peut proposer un avenant. S’il s’agit d’un avantage supplémentaire, le salarié a peu de raisons de refuser, mais l’accord écrit du salarié reste nécessaire dès lors que le contrat change. Les étapes sont les suivantes :
- Rédiger l’avenant en reprenant la clause modèle, avec la date d’entrée en vigueur.
- Le remettre au salarié en double exemplaire, en lui laissant un délai de réflexion raisonnable.
- Recueillir la signature des deux parties, chacun conservant un exemplaire.
- Mettre en place la commande de titres et le prélèvement de la part salariale en paie.
Si le salarié refuse un avenant qui réduirait l’avantage ou en modifierait les conditions, l’employeur ne peut pas l’imposer. Le contrat continue alors de s’appliquer dans ses termes initiaux. Lorsque l’avantage ne résulte que d’un usage d’entreprise, sa suppression suit une autre voie : la dénonciation régulière de l’usage, avec information préalable des représentants du personnel et des salariés, dans un délai suffisant.
Pièges à éviter et risques en cas de clause mal rédigée

La première erreur est de supprimer ou de modifier la clause unilatéralement. La jurisprudence considère qu’un avantage inscrit au contrat ne peut être retiré sans accord, et le salarié peut réclamer le rappel des titres non remis, voire saisir le conseil de prud’hommes. La deuxième erreur consiste à écrire une clause floue, par exemple « selon les conditions en vigueur », sans valeur faciale ni répartition, ce qui laisse place à des désaccords en cas de changement de prestataire.
Le renvoi à une note de service ne suffit pas
Une clause qui se contente de renvoyer à un document interne modifiable à tout moment crée de l’insécurité pour les deux parties. Mieux vaut fixer dans le contrat les éléments essentiels, et réserver le détail pratique (jour de remise, prestataire) à un document annexe.
Autre point de vigilance : le dépassement du plafond d’exonération URSSAF, ou une contribution patronale inférieure à 50 % ou supérieure à 60 %, fait perdre l’exonération sur tout ou partie de l’avantage. Pensez aussi aux jours sans repas dans l’horaire de travail, aux déplacements où le repas est déjà remboursé et aux absences : une clause qui les ignore expose l’entreprise à des demandes contradictoires.
Relisez enfin la clause avec la convention collective applicable et les accords d’entreprise existants. Si ces textes prévoient des conditions plus favorables, elles s’imposent à vous, quelle que soit la rédaction du contrat de travail.





